Socialearning - le blog

Socialearning - apprentissage formel ou informel"Le vrai génie des organisations est l’informel, le non prévu, souvent inspiré des façons dont les individus gèrent leurs problèmes d’une manière que les processus formels ne peuvent anticiper. Quand on est en compétition sur la connaissance, le jeu s’appelle improvisation et non normalisation."

John Seeley Brown

Au cours de cette dernière décennie, il y a eu de nombreux débats (voir par exemple les dates des références bibliographiques en bas de page) et discussions au sujet de l’avenir de l’apprentissage.  Le développement des technologies sociales a changé nos façons de penser le monde. Il est aussi en train de bouleverser nos comportements quant à l’apprentissage. Pourtant, je suis sidéré de constater que rare sont les entreprise qui ont vraiment intégré l’ampleur des changements opérés dernièrement.

Quelle serait votre réaction si votre R&D investissez 80% de son budget dans le développement de produits ou services qui ne toucheraient qu’une infime partie de votre marché ?

Valideriez-vous une stratégie marketing qui ne ciblerait que 10% de votre cible ?

Pas la peine d’attendre votre réponse devant l’énormité de ces questions. Et pourtant, il existe un secteur, primordial pour l’avenir de votre entreprise, qui applique ces ratios sans qu’à priori personne ne s’en émeuve.

Le modèle 70/20/10

Après des années d’enquêtes, d’étude et de validation, Morgan McCall, Robert W. Eichinger et Michael M. Lombardo du Center for Creative Leadership de l’Université de Princeton ont développé le modèle 70/20/10. C’est un modèle extrêmement juste de l’apprentissage.

Que dit-il ? Que le développement des compétences et l’acquisition des connaissances s’effectuent à :

- 70% par l’activité et l’expérience, donc « on the job »,

- 20% par les contacts, les interactions avec les autres,

- 10% par de la formation formelle au sens propre, que ce soit en classe, en atelier ou encore via le elearning.

socialearning - modele 70-20-10

Pour les enseignants, cela leur rappellera sans doute en partie le continuum bien connu : Ecoute/Lecture/Faire.

Le travail de cette équipe de Princeton a ainsi démontré que 90% de nos savoirs proviennent de l’apprentissage informel.

Charles Jennings, qui a beaucoup contribué à vulgariser ce modèle, invite souvent son audience à réfléchir sur nos expériences d’apprentissage et sur les lieux où elles se sont produites. Il prend l’exemple simple du vélo. Comment avez-vous appris à faire du vélo ? En lisant un manuel, en suivant une formation elearning, en s’exerçant online dans un serious game ? Non, comme moi, vous avez appris de l’expérience, d’essais continus, d’échecs répétés.

La formation classique, séparée du travail, conduit à une forte courbe d’oubli. Une grande partie de l’apprentissage formel est riche en contenu mais pauvre en interaction. En gros, nous apprenons à connaître mais pas vraiment à faire. Or dans un environnement changeant, la question des interactions est cruciale, puisqu’elle nous prépare à faire face à aux problèmes complexes, émergents. Ainsi, au lieu de structurer l’apprentissage autour du contenu, nous avons besoin de le structurer autour de la création d’expériences d’apprentissage.

L’essentiel de nos connaissances provient donc de l’apprentissage informel. Un apprentissage permanent qui nécessite une ouverture à de nouvelles situations, une interaction profonde avec les autres. Dans un monde où les connaissances propres des salariés ne résolvent plus que 10% de leur problématique professionnel (R. Kelley, Université de Carnegie-Mellon, 2006), il est plus efficace de développer des environnements d’apprentissage qui donne la priorité à l’action et à la connexion plutôt qu’au contenu.

Le paradoxe des investissements

Le modèle de Princeton invite donc les Services Formation à se préoccuper des apprentissages informels. Pourtant, encore aujourd’hui, il y a un paradoxe évident puisque l’essentiel des budgets sont consacré à la formation formelle.

socialearning - paradoxe de la formation

Depuis de nombreuses années, nombreux sont ceux qui ont déclaré souhaiter la disparition de la formation formelle. A les écouter, il fallait débrancher les LMS, coupables de toutes les pesanteurs.

Pourtant, la majorité des professionnels de la formation en entreprise est disposée à embrasser ces changements. Mais elle est inquiète devant leur nouveau rôle dans l’apprentissage informel. Pour beaucoup, cet univers ressemble à un immense chaos : pas de pédagogie, aucune règle d’or sur la façon de gérer cet univers ou sur la façon de valider les acquis. D’où un attentisme prudent de leur part.

Et pendant ce temps là ?

Les hordes de la génération Y, depuis si longtemps annoncés, commencent à envahir les allées des entreprises. Des « sales mômes » qui ont l’immédiateté dans leur gène, qui vont chercher l’information plutôt que d’attendre qu’on leur amène sur un plateau.

Les clients, cette drôle d’espèce, sont devenus surinformés, infidèles. Figurez-vous qu’ils utilisent même le portevoix communautaire dès qu’ils ont le sentiment qu’on ne les écoute pas assez ou qu’on ne leur répond pas suffisamment vite.

Pendant ce temps là, Le marketing, le service client, la R&D,… qui ne s’embarrassent pas de savoir si leurs démarches peuvent entrer dans le budget formation, passent, avec plus ou moins de bonheur, à la sauce 2.0., avec l’objectif de favoriser les contacts et l’ouverture, de s’affranchir des pesanteurs hiérarchiques, de rendre l’organisation plus réactive, plus perméable à son environnement, et dans le meilleur des cas, de fluidifier la circulation du savoir.  Les Réseaux Sociaux d’Entreprise fleurissent, avec l’espoir souvent naïf de créer spontanément une organisation apprenante.

Et le service Formation ?  Il s’est dit : essayons le elearning. Trop lourd ? Pas assez interactif ? Et bien essayons le blended-learning. Trop couteux pour les structures éclatées ? Toujours en retard d’un train sur les problèmes des collaborateurs ? Pas assez tendance ? Ok, ajoutons une mince couche sociale aux LMS, histoire de paraître trendy. Ou encore gamifions les traditionnels powerpoints. Et oui, nous en sommes là ! Plutôt que de créer des environnements d’apprentissage informel, nos services formation en sont à virtualiser des situations figées. Avec un allongement des processus de création, une explosion des coûts de production, et toujours plus de formalisme. J’exagère ? A peine...

Quels enseignements du modèle 70/20/10 ?

Plutôt que d’imaginer ces trois formes de professionnalisation antagoniques, plutôt que de laisser l’informel aux autres services de l’entreprise, vous devez penser ce modèle comme la pierre angulaire du développement organisationnel. Comme le conseille le groupe de Princeton, vous devez imaginer une approche holistique en intégrant dans le même environnement informel et formel. Une approche permettant de développer fortement ces 70% d’expérience, d’exploiter pleinement les 20% relationnels et de designer à l’aune des 90% informels les 10% de formation formel.

Chez Socialearning, nous avons un terme pour cela : Itérative Learning, où comment l’informel vient nourrir le formel et remplir les fûts vides de l’Entreprise 2.0.

 

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