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Pas une semaine sans qu’une manifestation ne s’intéresse au 2.0. Pas une heure, sans que ne soit proposé un webinar sur le travail collaboratif, les réseaux sociaux d’entreprise, le social learning.

A chaque fois, les mêmes diapositives sur l’intérêt de ces démarches : faire tomber les silos, connecter les compétences pour rendre les organisations plus agiles, la nécessité de répondre aux besoins de nouvelles générations, la pyramide inversée et le bottom-up… Ces différentes thématiques sont reprises par l’ensemble des éditeurs qui viennent sur les plateaux avec un client exposer un cas pratique : analyse des besoins, déploiement rapide, accompagnement sur quelques mois et hop, on conclue en parlant de succès avec quelques chiffres sur le nombre de connectés, de contributions.

Les candidats 2.0 sont conquis, rassurés devant ces exemples. Ils pourront ensuite tranquillement faire leur shopping : un peu d’accompagnement, une dose de conduite de changement, un beau jouet 2.0 avec toute une série d’options rutilantes et surtout beaucoup d’animation, on dit community management, pour faire passer le tout.

Social-learning-le-temps-des-editeurs-n-est-pas-celui-des-entreprisesMais au bout de quelques temps, le soufflet 2.0 retombe. On en rejette la faute sur les dirigeants qui ne joueraient pas le jeu, sur les managers de proximité qui mériteraient de disparaitre tant ils sont un frein à cette belle mécanique, et mêmes sur les salariés qui ne prennent pas cinq minutes par jour pour venir sympathiquement participer.

On peut faire un parallèle avec un sujet d'actualité. L'organisation apprenante, c'est un peu comme la croissance. Tout le monde est pour. A l'inverse, vous seriez pour quoi ? Une organisation imbécile ?

Le problème est que la croissance ne se décrète pas. Dans un monde globalisé, les politiques keynésiennes ne relance que l'activité des ateliers chinois. La croissance n'est que la conséquence de politiques d'investissement et de réformes structurelles sur le long terme. Ce qui n'est pas évident à combiner avec le Temps politique.

Concernant l'entreprise apprenante, l’intelligence collective, c'est la même chose. Il n'existe pas de recette miracle immédiate. L’entreprise 2.0, dans sa version technologique n’est que le dernier avatar d’une croyance qui voudrait trouver des solutions simples à des problèmes structurels. En essayant de déporter dans le virtuel des pratiques n’existant pas dans le réel, on espère s’affranchir de devoir regarder la réalité en face. Et oui, à chaque époque sa bulle, à chaque bulle sa boite à outils, et chaque fois, la même tendance à glisser les vrais enjeux, les vrais problèmes sous le tapis tout en continuant à fonctionner comme avant.

Actuellement, le mantra repris par tous est « le partage du savoir ». Génial, évident et tellement simple. La solution sera collaborative et 2.0. Et les vrais enjeux ? Les vrais problèmes ?

Les vrais enjeux ? C’est que devant l’obligation d’innovation qu’ont les entreprises dans le monde actuel, le développement du capital humain est devenu la dernière frontière, l’ultime levier dont elles disposent. Les vrais problèmes ? C’est que le développement du capital humain ne repose pas sur un outil 2.0, mais sur de nouvelles approches culturelle, organisationnelle et managériale au sein de leur organisation.

Par exemple, comment mettre en place du social learning, si 99% de vos managers ne comprennent pas ce qu’il y a derrière le terme d’apprentissage et qu’ils continuent à le confondre avec la formation ? Pensez-vous réellement que cela fonctionnera si vous ne développez pas une culture de l’apprenance et de la résilience organisationnelle ?

Effectivement, il est plus simple de croire aux sirènes de certains éditeurs, pour qui ces questions ne viendraient que polluer leur cycle de vente. Effectivement, il est plus simple de croire que le social learning n’est que du elearning avec une couche 2.0.

Retrouvez ici la première partie de cette article

Si une partie des acteurs sociaux se satisfait des liaisons formation/ diplôme/emploi liées les unes aux autres à l’occasion d’une qualification reconnue collectivement, une bonne partie des employeurs sont tentés de se détourner de ces modalités au motif de la nécessité d’une plus grande flexibilité pour répondre aux exigences du marché. Cela peut expliquer le succès de la notion de compétence.

Les séparations qui s’opèrent entre les couples qualifications/postes occupés et/ou dans les couples diplômes/emplois exercés sont particulièrement visibles dans les parcours professionnels de moins en moins en lien directe, et durablement, avec la formation initiale.  L’origine de ces ruptures se trouverait dans la nécessité, pour les organisations de travail, de mettre en œuvre de la souplesse et de la réactivité.

Il n’est pas difficile d’imaginer que de tels changements organisationnels vont avoir des répercussions sur les modalités mais aussi sur les finalités de la formation. En effet, la réalisation d’une action en contexte nécessite autre chose que la simple application de consignes ou de savoirs préalablement définis. La simple transmission de savoir nécessaire sur la base d’un travail décrit ne suffit plus. Il s’agit de formaliser des pratiques issues de l’action en contexte professionnel et de les construire comme concept. C'est là l’objet de la psychodynamique du travail. Cette discipline propose de construire des éléments conceptuels et opératoires qui définissent l'investissement subjectif de l'homme dans le travail, soit la mobilisation de son intelligence dans l'action. Après le travail décrit (la fiche de poste et autres référentiels en vigueur), voici le travail réel qui nous est proposé, comme support à l’apprentissage professionnel.

Quelles en sont les principales conséquences pour la construction de dispositifs de formation professionnelle ?

D’entrée de jeu, la différence entre la tâche et l’activité peut nous permettre de mieux appréhender cette approche. Il existe une différence fondamentale entre les écrits d’experts sur l’exercice professionnel et ce que le professionnel expérimente (éprouve) dans l’exercice de son activité quotidienne. Nous pouvons tous faire l’expérience de la différence entre la règle et son application, entre la procédure professionnelle et sa pratique quotidienne. Dans cette optique, il va bien falloir se résigner à ce que l’action ne se réduise pas aux mots pour le dire.

socialearning - une part d'ombre dans la description du travailDans la foulée, c’est l’objectivation du travail qui fait l’objet d’une interrogation. L’activité professionnelle peut-elle être parfaitement définie et décrite ? Assurément non, puisque comme l’assure Guy Jobert « travailler ne consiste jamais en une pure exécution de normes antécédentes mais exige de la part des opérateurs une mobilisation d'intelligence, de l'invention, de la prise de décision, soit pour rendre les règles applicables malgré la singularité des situations, soit pour pallier leur manque ou leur inadéquation ». C’est ainsi que loin de la volonté de tout décrire il s’agirait bien de se résoudre à une part d’ombre, d’intransmissible et d’indescriptible. La réalité conduit à se débrouiller, à composer, à inventer pour venir à bout des impératifs de production et surmonter les contraintes subies.

Dans cette configuration il va être possible de recenser les conditions favorables à l'apprentissage des individus par et dans le travail : ou, pour le dire autrement, identifier l’utilisation de leur intelligence dans l’activité professionnelle. Ce qui revient à poser la question de la reconnaissance au travail. La reconnaissance de soi par autrui est la finalité des individus au travail. Parce qu’il est nécessaire qu’ils soient reconnus au travail, les individus vont donc combler les différences existantes entre la définition du poste et la réalité des situations de travail qu’ils rencontrent. Il est ainsi possible de souligner les impacts que la connaissance et la reconnaissance du travail réel peuvent entraîner pour l’individu au travail.

Entre la valorisation intérieure et la reconnaissance extérieure, les individus doivent naviguer prudemment pour ne pas risquer de perdre le fragile équilibre qui leur permet d’améliorer une image de soi valorisée par les signaux encourageants reçus de l’extérieur. Pour autant les individus ne s’engagent dans une médiatisation de ces savoirs acquis pendant le travail réel que lorsque les risques d’une dépréciation, voire d’un déni sont réduits. C’est dire « s’ils sortent rarement du bois », les risques étant bien réels de sanctionner des comportements, issus d’apprentissages informels, considérés comme déviants ou non conformes aux attendus.

 

source image: flickr - shimmeritje

Il est possible de constater que la formation professionnelle a investi le champ de l’emploi depuis les années 70. Instrument d’intervention pour adapter la population active aux impératifs d’un environnement économique, force est de constater que les dispositifs de formation professionnelle ont fait l’objet de nombreuses réformes depuis la loi fondatrice de 1971. Régulièrement la formation est convoquée pour résoudre les tensions autour des besoins des employeurs non satisfaits et pour favoriser le retour à l’emploi des personnes qui en sont privés. Qu’en est-il des rapports entre la formation professionnelle et les réalités de l’activité du travail ?

Il ne saurait s’agir ici de décrire l’ensemble des réalités observables autour de l’individu au travail. Notre propos se limitera à reprendre certaines contradictions inhérentes à une unique formation-adaptation préparant à l’emploi. Ainsi qu'en est il de la formation quand elle se tourne vers l'emploi et vise à assurer l'adéquation entre des postes à pourvoir ou susceptibles de l'être avec des individus potentiellement demandeurs ?

socialearning-jetter-largent-par-les-fenetresDans ce contexte, il s’agirait donc de combler un écart entre ce qui doit être su et ce que sait ou ne sait pas un individu. Pour cela, la réalisation d’une identification des contenus du travail et des différents savoirs (souvent de type scolaire) est réalisée. Il reste ensuite à en assurer la transmission. Déjà en 2002, Guy Jobert précisait que ce processus, qui se veut prédictif et qui veut combiner, les dimensions socio-économiques - quels sont les emplois disponibles ? - didactiques - quels sont les savoirs et habiletés nécessaires pour occuper un poste? - et pédagogique - comment les transmettre et les évaluer ? - a montré ses limites. En effet, une large partie de ce processus reste implicite. Et il n’est peut être pas inutile de s’arrêter sur ce non-dit. Chaque classement, y compris celui des emplois et des savoirs qui s’y rattachent, est le reflet des valeurs d’une société et porteur de charge symbolique. C’est en fonction d’un classement, essentiellement octroyé par le diplôme et le cursus scolaire que va s’opérer, pour une part non négligeable, la sélection entre des métiers gratifiants, bien rémunérés, et les autres. « Même dans les sociétés les plus libérales au plan économique, une corrélation forte entre l'origine sociale d'un individu, sa carrière scolaire, ses diplômes, les emplois et la position sociale qu'il peut espérer, reste, tendanciellement, fortement vérifiée » atteste Guy Jobert. La préparation à l’exercice d’un métier ne se sépare pas de la dimension sociale de l’entrée dans la profession. Les ordres qui encadrent l’exercice de certaines activités, le Conseil de l’ordre des médecins par exemple, témoignent de cette dimension d’encadrement de certaine profession.

C’est ainsi qu’il est possible de voir dans les expressions « petit boulot », ou « bas niveau de qualification », un regard qui porte davantage sur le positionnement sociologique des métiers, que sur les habiletés requises pour exercer une profession. Refuser une approche uniquement rationalisée des emplois, à l’instar de quelques sociologues, c’est nous inciter à être vigilant sur les enjeux sociologiques qui se jouent aussi dans la formation professionnelle continue.

Le bel ensemble organisé du travail et de l’emploi qui se décrit et qui se classe, est ébranlé quotidiennement par les nécessaires ajustements des salariés pour s’adapter et adapter des outils productifs amenés à évoluer constamment, du fait des bouleversements socio-économiques qui font l’actualité de notre économie mondialisée. Ceci remet en cause les supposés savoirs et qualifications requis a priori pour tenir les postes de travail. Pouvoir faire face aux enjeux de la mobilité des personnels, à l’emploi ou demandeur d’emploi, implique de se détourner d’une unique volonté de rationalisation et de stabilisation des savoirs à transmettre dans un cadre de hiérarchie de métiers institués, stabilisés, immuables.

Les dispositifs de formation professionnelle,  tels qu’on les rencontre, et les utilise, dans nos dispositifs réglementaires, sont ils en capacité d’intégrer cette dimension évolutive, qui implique la prise en compte des apprentissages informels, nécessaires à l’activité professionnelle contemporaine ?

Retrouvez ici la suite de l'article

source image: colourbox

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